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Mercredi 11 mars 2009

Les réformes de l’Université...

Pourquoi s’y opposer?

 

La LRU ou la mise en place d’une autonomie sans bornes

 

Dans la foulée de sa victoire aux élections présidentielles en mai 2007, Nicolas Sarkozy fait mettre en place par la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, une stratégie de transformation de l’enseignement supérieur. L’objectif, c’est de limiter l’accès aux études supérieures, d’en priver l’accès à ceux qui n’ont pas d’autres moyens que leur formation pour améliorer leur vie, et de rendre ce service de moins en moins public. La stratégie, comme souvent, est celle de la pelote de laine : on commence simplement par prendre le bout du fil, et puis il suffit de tirer dessus, un petit peu à chaque fois, les années suivantes, pour que tout soit transformé radicalement.

 

La première étape importante de cette démarche, c’était de modifier l’organisation de l’université. C’est ce qu’a fait la loi « LRU » votée en 2007, au coeur de l’été, pour faire en sorte que personne ne puisse vraiment être informé et ainsi d’éviter toute contestation.

 

La ministre a renforcé les pouvoirs du président de l’établissement, limité les possibilités d’un réel débat démocratique en réduisant le nombre d’élus (enseignants-chercheurs, personnels et étudiants) dans les conseils centraux (conseil d’administration, conseil des études et de la vie universitaire et conseil scientifique). Au-delà, en proposant une autonomie des Universités sans les garde-fous nécessaires sur le cadre national des diplômes et sur la fixation nationale des frais d’inscription, ce nouvel arsenal juridique mis en place à travers cette loi « relative aux libertés et aux responsabilités des universités » laissait la porte ouverte à toutes les dérives comme nous l’avions d’ailleurs fait remarquer à l’époque : mise en concurrence des universités, renforcement du clientélisme, baisse de l’autonomie des laboratoires de recherche et des contenus de l’enseignement, menace sur le cadrage national des diplômes (qui fait qu’un diplôme obtenu à Bordeaux est valable à Strasbourg ou à Grenoble).

 

Et ces dérives arrivent maintenant très clairement, avec les trois blocs de réforme qui concernent :

- le statut des enseignants chercheurs

- la formation des professeurs de l’enseignement secondaire

- le statut des étudiants inscrits en doctorat

 

Accès à l’enseignement dans le secondaire : comment casser la formation et affaiblir l’égalité sociale

 

Pour les professeurs du secondaire, la situation n’est pas meilleure. Après que Darcos eut déclaré, à propos de l’enseignement en maternelle, qu’il n’y avait pas besoin d’avoir un « bac +5 » pour changer des couches, on nous raconte maintenant qu’il suf­fit d’avoir obtenu un master pour savoir enseigner, sans avoir reçu de formation pratique. Cette formation était apportée par les IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres). La réforme Pécresse souhaite simplement les supprimer. Les enseignants étaient payés pendant leur stage dans les lycées. Maintenant, ça ne sera plus le cas, et le gouvernement se frotte les mains de cette économie qui s’ajoute aux 13 000 suppressions de postes dans les lycées qui se fait sur le dos des établissements qui ont déjà le plus de difficultés. Cette réforme pose donc deux problèmes considérables. Non seulement, on voit que la critique de défaillances des IUFM (on veut bien admettre qu’il en existe !) aboutit bizarrement non pas sur une amélioration de la forma­tion mais sur une suppression de cette dernière ! Mais, en plus, il faudra désormais qu’un étudiant qui s’apprête à devenir étudiant s’engage dans des études non payées pendant cinq années au minimum. Bonjour l’égalité sociale !

 

La réforme du statut des enseignants-cher­cheurs : une vision aveugle

 

Valérie Pécresse souhaite que les professeurs soient évalués directe­ment par les présidents d’université. Mais comment un professeur d’anglais peut-il évaluer les travaux d’un chercheur en physique ? Facile nous dit-on, il suffit de ne pas regarder ce qu’il y a dans ces recherches, mais de se concentrer sur le nombre d’articles publiés dans les revues scientifiques. Une preuve de plus que la ministre n’a jamais fait de recherche et qu’elle n’en comprend pas le fonctionnement, parce que la quantité de papier imprimé ne permet pas d’en juger la qualité, et que le temps passé à écrire des textes, c’est aussi du temps en moins de consacré aux cours et à la recherche. Dernier soucis : comment évaluer individuellement les chercheurs, alors que tous les projets sont aujourd’hui col­lectifs, qu’ils engagent des équipes de plusieurs dizaines de per­sonnes dans plusieurs pays ? Enfin la sanction prévue pour les « mauvais chercheurs » serait de devoir donner plus de cours. Ça traduit bien l’idée du gouvernement : ceux qui seraient désignés comme les « moins bons chercheurs » donneraient l’essentiel des cours ! Autrement, l’enseignement deviendrait une sanction d’un manque de qualité de l’enseignant-chercheur !

 

Réforme des doctorats : comment insécuriser les parcours

 

En ce qui concerne les étudiants en thèse, la situation de précarité déjà inquiétante serait renforcée. Au lieu d’être prévue pour 3 ans, l’inscription pourra être remise en cause chaque année, les conditions de période d’essai (jusqu’à 6 mois) et de licenciement sont abusives (pas de préavis, pas d’indemnité, pas de droit au chômage). Les étudiants qui travaillent sur des sujets difficiles seraient contrariés dans leur projet par un raccourcissement imposé de la thèse. Cela renforce évidemment les inégalités entre ceux qui peuvent s’y consacrer à temps plein et ceux qui doivent travailler à côté pour financer leurs études.

 

Que retenir de cette stratégie globale ?

 

C’est une politique élitiste. Elle se base sur le renforcement des inégalités entre les grandes écoles (qui vont recevoir l’essentiel des budgets publics) et les Universités (où 1030 postes vont être supprimés à la rentrée prochaine). Elle renforce les inégalités entre les grandes Universités mondialement connues, et celles de province ou de banlieue qui sont amenées à s’appauvrir comme si le Gouvernement avait une doctrine consistant à penser, dans sa conception élitiste, que moins il y a d’Universités, meilleures elles sont. Au sein des Universités, c’est une politique de restriction budgétaire : moins de place en master, moins de financements pour les thèses, pour limiter le nombre d’étudiants. Pour le plus grand nombre, l’accès aux diplômes Bac +5 et Bac +8 sera impos­sible. Comme si les difficultés à trouver un emploi dans le contexte de crise économique dans lequel nous sommes pouvaient être résorbées en réduisant le niveau de formation !

 

La droite a essayé inlassablement, mais sans succès, de mettre une sélection arbitraire à l’entrée de l’Université. Depuis 1986, c’est un objectif essentiel. Mais, face à la contestation des lycéens et des étudiants, elle n’y est jamais parvenue. Ce qu’elle cherche à faire, c’est de placer à l’entrée des masters – par la baisse du nombre de places offertes - cette sélection dont elle rêve, alors qu’elle n’apporterait rien d’autre qu’une baisse du niveau de qualifications dans ce pays. En outre, les modes de sélection par dossiers laissent la place aux vieilles dérives : le clientélisme, le piston, le local­isme mais aussi la discrimination raciale ou sexiste. Les examens sont anonymes dans nos universités, c’est une garantie républicaine, essenti­elle pour l’accès aux masters et doctorats. On nous dit souvent que les étudiants sont laxistes et qu’ils veulent qu’on laisse les portes ouvertes à tous le monde. Mais ce que nous demandons, c’est au contraire le respect d’un principe fondamental : la sélection se fait par les examens qu’il faut réussir pour obtenir les grades universitaires : Bac, Licence, Master, Doctorat.

 

Quel avenir pour la jeunesse ?

 

Alors que nos perspectives d’avenirs sont floues, et même parfois sombres, le gouvernement met la pression sur les étudiants, ne souhaite aider qu’une petite partie de l’élite scolaire, et abandonne le projet républicain de l’égalité dans l’accès aux études supérieures et d’une élévation globale du niveau qui profiterait à tous. Derrière le décret qui apparemment ne concerne que les enseignants, c’est la stratégie globale de ce gouvernement que nous condamnons. Les alternatives sont simples : résorber les inégalités en traitant de façon égale les étudiants, quelles que soient les filières dans lesquelles ils s’engagent ou l’Université dans laquelle ils sont sectorisés.

 

Pourquoi l’Etat dépense-t-il encore plus de 13 000 € pour un étudiant en prépa, plus de 8500 € pour un étudiant à Sciences Po et moins de 7000 € pour un étudiant d’Université ?

L’enseignement public, c’est le seul capital dont disposent des millions de citoyens pour s’élever socialement. Alors, non, il n’est pas admissible que des réformes viennent menacer l’égalité d’accès à un enseignement de qualité.

 

Si Nicolas Sarkozy souhaite vraiment la réussite de tous et la possibilité pour le plus grand nombre d’obtenir une formation su­périeure de qualité, ce sont ces injustices de fonctionnement et de financement qu’il faut attaquer, pas les ambitions de la jeunesse ni le travail des chercheurs.

 

Alors, pour nous, les choses sont claires :

Nous ne serons pas les enfants de la crise !

Par Sos Fac Grenoble - Publié dans : Mouvement Social - Communauté : Les blogs antiracistes
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Commentaires

Et un conseil de lecture pour approfondir l’analyse : http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/05/30/reforme-ou-demontage-de-luniversite/
Commentaire n°1 posté par Z le 30/05/2009 à 18h02

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